Le Courrier Savoyard Vendredi 21 février 1997 n° 1843

Le mystère derrière les apparences...

Jusqu’au 10 mars, la Galerie Perceval expose à Annecy les oeuvres d’Agnan Kroichvili. Artiste, archéologue, chercheur, calligraphe inventif, voilà un homme qui aime brouiller les pistes ! D’origine géorgienne, Il réalise un travail que l’on croit tout droit sorti des écoles des plus grands maîtres d’icônes. Pourtant, à y regarder de plus près, les références sont beaucoup plus vastes. Entre humour et goût du mystère, des oeuvres à méditer...

Très loquace sur les techniques qu’il emploie, cet autodidacte perd soudain de sa verve lorsqu’il s’agit d’évoquer le sujet même de ses oeuvres. Tout juste consent-il à reconnaître qu’il s’intéresse à la trace et à l’empreinte. "Mon travail de la matière rappelle bien sûr le temps qui passe et l’altération qu’il entraîne. Mémoire des origines pour une révélation du plus intime de chacun. En cela, il se rapproche des images anciennes que sont les icônes de l‘école russe de Novgorod". Utilisation du procédé du triptyque, succession de personnages aux silhouettes d’apôtres. Voûtes semblant émerger d’églises anciennes, sont autant de références tout aussi religieuses.

Des hommes cierges

La lecture des titres plonge pourtant le spectateur dans un doute soudain

"Les soi-disant’, ‘Ils ne sont pas là où on les attend’, "Tourner la page’, etc. Ils sont la preuve de l’esprit de dérision dont est capable Agnan Kroichvili qui aime parfois à qualifier ses personnages d’hommes cierges" ou de fantômes. "Je travaille les silhouettes au couteau puis je recouvre la toile de peinture. Le temps de séchage est alors déterminant car il permet ou non de faire réapparaître les personnages. Du noir émerge donc la lumière. Pourtant, tout risque toujours de s’échapper. Comme les revenants ! »

Autre mystère, celui de ses lignes d’écriture qui peuvent presque être assimilées à un décor. Cette écriture imaginaire s’impose parfois à moi pour apporter un équilibre à la toile. Il est vrai qu’avant la peinture, mon intérêt s’est d’abord tourné vers une recherche autour du graphisme des lettres et du rythme des alphabets. D’ailleurs, tout comme l’écriture, j’estime que le portrait d’un visage est composé de caractères et de signes Tout droit sorties de l’imagination de l’artiste, ces lettres non rappellent pas moins la calligraphie géorgienne, Les origines, toujours...

Dans les esprits, les questions se bousculent. Pourquoi les personnages vont-ils si souvent par neuf ? Quel est ce vide au centre de la toile ? Qui est absent ? Chacun propose sa version. Agnan Kroichvili, lui, se garde bien d’expliquer la sienne. Mes toiles n’ont peut-être rien de mystérieux. Peut-être tout n’obéit-il qu’à la logique !

Voilà donc Agnan Kroichvili reparti dans ses réflexions. Quelles soient archéologiques ou liées à la généalogie (il est l’inventeur d’un arbre généalogique en trois dimensions !), ses recherches font de lui un artiste autant qu’un chercheur, "Les arts sont des pré sciences qui précèdent les inventions. Conclue-t-il … en toute logique !

Eva ALTOUKHOVITCH

Exposition jusqu’au 10 mars, à la Galerie Perceval, 10, passage de la Cathédrale à Annecy.

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